IVème marathon des sciences
Homme et machines

L'Homme a, très vite, inventé les outils qui lui ont donné des avantages décisifs sur son environnement. Au fil du temps, ces outils se sont faits de plus en plus complexes et de plus en plus sophistiqués. Ils sont devenus des machines capables de performances bien supérieures à celle de l'Homme. Le rapport entre l'Homme et les machines est alors devenu ambigu : si elles permettent d'accroître ses capacités d'action et de production, elles sont aussi vécues comme un moyen d'asservissement.
Avec l'apparition des robots et des extraordinaires avancées technologiques qui l'accompagnent : capacité d'apprentissage, intelligence artificielle, connection directe au cerveau, "Homme augmenté"… La question des relations Homme / machines se fait plus aigue encore. Elle concerne notre modèle d'humanité pour demain. Entre l'aspiration à être débarassé de l'inconvénient d'être humain et le refus d'être machinisé, c'est tout le paradoxe de la modernité que révèle la démesure de nos pouvoirs techniques.
Introduction
Samedi 4 à 12h
Lieu : Centre culturel - Fleurance
De l’homo faber à l’homo technologicus
Les machines sont un produit de la raison humaine. C'est la combinaison de la technique et de la raison qui donne naissance à la technologie. L'homo sapiens étant un homo faber, tout ce qui l'entoure ne peut qu'être artificiel, c'est-à-dire un produit de l'art. En ce sens, l'être humain est un être contre-nature, anti-nature, produit le plus paradoxal de la nature. Il est devenu un homo techno-logicus qui transforme ce qui l'entoure et crée de nouvelles machines qui rendent visible l'invisible et manipulent l'invisible pour voir et communiquer à distance.
par Yves GINGRAS
Professeur à l’Université du Quebec à Montréal, Yves GINGRAS est également directeur scientifique de l’Observatoire des sciences et des technologies.
CHAPITRE 1. L’Homme
Samedi 4 à 13h
Lieu : Centre culturel - Fleurance
Les humains sont-ils des machines
comme les autres animaux ?
Descartes a comparé les animaux à des machines, la génétique évolutive a précisé qu'ils étaient "des artefacts contingents inventés par les gènes pour se reproduire". En clair, l'information génétique aurait, du fait de la sélection naturelle, évolué en produisant les êtres vivants actuels. Y compris les humains. Mais ces derniers ont inventé une autre information : l'information culturelle. Soumis à cette double contrainte informationnelle, les humains sont-ils libérés de leur statut de machines ?
par Pierre-Henri GOUYON
Professeur au Muséum National d'Histoire Naturelle, à l'Agro ParisTech et à Sciences Po (Paris), Pierre-Henri GOUYON est chercheur au sein du laboratoire OSEB (Origine, Structure & évolution de la Biodiversité), UMR 7205 MNHN-CNRS.
Samedi 4 à 14h
Lieu : Centre culturel - Fleurance
Les humains sont-ils des machines
comme les autres machines ?
Plus notre connaissance du corps humain avance, plus semble se vérifier la célèbre thèse de La Mettrie au XVIIIe siècle selon laquelle l'homme ne diffère en rien des autres machines si ce n'est par sa complexité. Or depuis cette époque, notre espèce a fabriqué d'innombrables machines de plus en plus efficaces, complexes, et même "intelligentes" (locomotives, avions, ordinateurs, etc.). Plutôt donc que de comparer l'homme aux animaux, on peut directement interroger sa comparaison avec les machines. L'homme a-t-il quelque propriété qui le distingue des machines et assure que jamais il ne pourra être correctement imité par elles, aussi complexes qu'elles puissent devenir ?
par Sylvie ALLOUCHE
Sylvie ALLOUCHE poursuit une thèse de philosophie à l’IHPST (Université Paris 1/ENS/CNRS) et bénéficie pour deux ans d’une bourse européenne Marie Curie à l’Université de Bristol (CEM). Ses recherches concernent principalement la transformation technologique du corps humain et la portée philosophique de la science-fiction.
Samedi 4 à 15h
Lieu : Centre culturel - Fleurance
L’épopée d’homo explorator
Dans quelques heures, et après plusieurs mois de voyage dans le vide spatial, la sonde Mars Science Laboratory, va tenter de se poser sur le sol martien. Ambassadeur mécanique d'une humanité fragile, cette "astromobile" va explorer un monde où l'Homme rencontre ses limites. Dans les territoires de l'extrême, sur Terre comme au ciel, "Homo explorator" révèle autant sa fragilité que son ingéniosité.
par Alain CIROU
Directeur de la rédaction de la revue mensuelle "Ciel et Espace" et de la revue trimestrielle "Macrocosme". Directeur général de l'Association Française l'Astronomie. Consultant scientifique et éditorialiste à Europe 1.
CHAPITRE 2. Les machines
Samedi 4 à 16h
Lieu : Centre culturel - Fleurance
Qu'est-ce qu'une machine ?
histoire de la science des machines
Qu'est-ce qu'une machine ? Tout le monde pense intuitivement le savoir sans pouvoir le définir clairement. Car les machines ne reçoivent guère d'attention dans notre culture. On se contente, en général, de les faire fonctionner sans chercher à en savoir plus. Périodiquement, de grands esprits tentent cependant d'élaborer une science des machines : Vitruve, Léonard de Vinci, l'Encyclopédie sont les jalons de cette histoire de la "technologie". Retracer l'histoire de la science des machines, nous donne l'occasion de présenter quelques uns des concepts qui permettent de définir ce qu'est une machine, de classer les différents types de machines et de comprendre leurs niveaux d'organisation et leur fonctionnement. Pour conclure, enfin, par quelques réflexions sur trois types de machines qui interrogent la condition humaine : l'ordinateur, le robot et le répliquant.
par Vincent BONTEMS
Vincent Bontems est ancien élève de l’Ecole Normale Supérieure en Lettres et Sciences Humaines, agrégé de philosophie, docteur de l’EHESS en histoire et philosophie des sciences et des techniques. Il est chercheur au Laboratoire de Recherches sur les Sciences de la Matière (LARSIM) du CE). Il est aussi le secrétaire général du Centre international de Synthèse, membre de l'équipe éditoriale de la Revue de Synthèse et l’organisateur de l’Atelier Simondon à l’Ecole Normale Supérieure. Son dernier ouvrage est consacré à Gaston Bachelard : Vincent Bontems, Bachelard, Paris, Belles Lettres (Figures du savoir), 2010.
Samedi 4 à 17h
Lieu : Centre culturel - Fleurance
Les robots parmi nous : assistants ou equipiers ?
L'émergence d'une robotique d'assistance à l'Homme et de la robotique personnelle viennent enrichir la problématique générale du robot autonome en mettant l'accent sur un robot évoluant dans un environnement sémantiquement riche et peuplé d'humains. Ceci nécessite des fonctions évoluées et nouvelles pour le robot : perception de l'Homme et de son activité, action physique partagée et/ou en synergie avec l'Homme, décision interactive et partagée, capacité évoluée de dialogue, grande capacité d'adaptation et d'apprentissage. S'ajoutent également les contraintes de la sécurité. Robot assurant une assistance aux personnes âgées, robot autonome au service aussi bien du grand public que du professionnel dans un domaine donné : les enjeux socio-économiques de la robotique cognitive et interactive sont multiples.
par Rachid ALAMI
Directeur de recherche au CNRS, Rachid ALAMI dirige le thème robotique du LAAS-CNRS. Ingénieur diplomé de l'ENSEEIHTINP, il a obtenu une habilitation a` diriger les recherches en 1996.
Samedi 4 à 18h
Lieu : Centre culturel - Fleurance
La longue marche des robots humanoïdes
Découverts dans les légendes et les romans de science-fiction, les robots humanoïdes, avec leur arrivée dans le cinéma, sont d'abord passés du monde imaginaire au monde virtuel. Mais depuis une vingtaine d'année, ils ont pris pied pour de bon dans la réalité avec des prototypes de laboratoire de plus en plus sophistiqués. Des premiers pas ont été faits vers notre quotidien avec l'arrivée de robots humanoïdes jouets dans les chambres de nos enfants. L'apparition de Nao, le petit humanoïde fabriqué en France par Aldebaran Robotics, dans un grand nombre d'universités permet de penser que le robot humanoïde sera bientôt un compagnon de tous les instants pour le plus grand nombre. Dans l'exposé, seront présentés l'intérêt de ces machines fascinantes mais aussi les défis scientifiques et techniques que représentent leur diffusion au plus grand nombre.
par Rodolphe GELIN
Responsable de la recherche chez Aldebaran Robotics.
Samedi 4 à 19h
Lieu : Centre culturel - Fleurance
Les machines peuvent-elles apprendre ?
Les machines dont il s'agit sont les ordinateurs, que l'on relie au monde extérieur via des organes sensoriels et des moyens d'action. Pour cerner l'apprentissage, on peut commencer par une définition intuitive : apprendre consiste à améliorer ses performances dans la réalisation d'une tâche sur la base de l'expérience. Puis préciser, selon la tâche à réaliser, la fonction d'apprentissage. Par exemple : reconnaître des constellations (apprendre l'astronomie populaire), reconnaître des plantes (apprendre à botaniser), traduire un texte (apprendre une langue étrangère), jouer à un jeu de société (apprendre les échecs...), jouer au ping-pong (apprendre une habileté), conduire une voiture (apprendre une compétence), faire un diagnostic médical (apprendre une science), adapter son comportement à un environnement changeant (évoluer). L'exposé illustrera les avancées remarquables des techniques d'apprentissage automatique et s'efforcera de donner une idée des techniques utilisées et de leurs possibilités et limitations.
par Malik GHALLAB
Malik GHALLAB est directeur de recherche au CNRS. Il a dirigé le Programme Interdisciplinaire de Recherche Robea. Il a été directeur du LAAS-CNRS et délégué général à la recherche de l'INRIA. Ses travaux portent sur la Robotique et l'Intelligence Artificielle. Il a publié 3 livres et participé à l'édition de plusieurs ouvrages collectifs.
CHAPITRE 3. Homme - Machines
Samedi 4 à 20h
Lieu : Centre culturel - Fleurance
Interface cerveau-machine : quand nos neurones communiquent directement avec nos machines
Et si on pouvait communiquer avec un ordinateur par la simple pensée ? Et si on arrivait à contrôler un bras robotisé uniquement par les ondes de notre cerveau ? Ces idées qui, hier encore, relevaient de la science-fiction sont déjà devenues réalité. Les avancées récentes dans le domaine des interfaces cerveau-machine le démontrent. Les travaux de l'équipe "Dynamique Cérébrale et Cognition" du Centre de Recherche en Neurosciences de Lyon montrent comment le décodage en temps-réel de l'activité cérébrale peut être utilisé pour l'aide à la communication ou la restauration fonctionnelle chez des handicapés moteurs, et pour l'autorégulation de sa propre activité mentale par neuro-feedback. Ces recherches ouvrent des voies nouvelles pour le traitement de certaines maladies psychiatriques et neurologiques. L'émergence de nouvelles interfaces cerveau-machine va également révolutionner le monde des jeux vidéo et devrait permettre le développement de nouvelles approches ludiques et prometteuses dans le domaine de la Santé.
par Karim JERBI
Chercheur en Neurosciences Cognitives et Imagerie Cérébrale au Centre de Recherche en Neurosciences de Lyon, Karim JERBI est spécialiste des interfaces cerveau-machine, du système sensorimoteur et de la connectivité cérébrale.
Samedi 4 à 21h
Lieu : Centre culturel - Fleurance
L’intelligence peut-elle être artificielle ?
L'intelligence, qu'elle soit humaine ou animale, est naturelle. Beaucoup l'affirment. D'ailleurs, comment ne pas souscrire à une telle proposition lorsqu'on l'observe dans la variété de ses manifestations spontanées. Or, il n'y a aucune objection de principe à ce que la nature, dans toutes ses dimensions – et l'intelligence, en particulier – fasse l'objet d'une investigation scientifique au moyen de toutes les ressources qu'offre l'instrumentation contemporaine et, en particulier, des ordinateurs. Rien ne s'oppose donc à ce que l'intelligence soit artificielle, puisqu'il ne s'agit jamais, là, que de reproduire l'intelligence à l'aide de machines… Mais, l'intelligence artificielle est-elle naturelle ? La puissance qu'elle octroie n'outrepasse-t-elle pas celle que procurent les facultés naturelles de l'espèce humaine ?
par Jean-Gabriel GANASCIA
Jean-Gabriel GANASCIA est actuellement professeur à l'université Pierre et Marie Curie et chercheur au LIP6 où il dirige l'équipe ACASA (Agents Cognitifs et Apprentissage Symbolique 12 Automatique).
Samedi 4 à 22h
Lieu : Centre culturel - Fleurance
Homme réparé, homme transformé, puis homme amélioré ?
Vivre plus longtemps, plus beau, plus fort et plus intelligent. Qui pourrait refuser cette proposition dans un monde où l'obligation de performance se fait de plus en plus pressante ? Mais à quel prix et au bénéfice de qui ? Derrière le vernis philanthropique des partisans d'une humanité sans défaut se tapissent des considérations financières et des idéaux eugénistes. Il ne s'agit pas de refuser le progrès scientifique ni même certains aspects de l'homme augmenté mais de lui donner du sens et nous donner les moyens de choisir. En prenant garde à l'idéologie de la promesse, il convient d'ouvrir les yeux sur le monde qui vient.
par Hervé CHNEIWEISS
Directeur de recherche au CNRS, Hervé CHNEIWEISS est praticien hospitalier en neuro-oncologie à la Salpétrière. Il est également directeur du département de neuro-science de l’Institut de biologie de Paris Seine.Il est rédacteur en chef de la revue Médecine Sciences.
Conclusion
Samedi 4 à 23h
Lieu : Centre culturel - Fleurance
Quelle humanite pour demain ?
Au-delà de la simple question de savoir si d'autres êtres sont sur le point de relayer l'espèce humaine, il s'agit d'accepter ce constat : chez les mêmes individus, l'aspiration à être débarrassé de l'inconvénient d'être humain coexiste facilement avec le refus d'être "machinisé". Qu'une technologie promette d'abolir la souffrance, voire de supprimer la mort, et l'on oublie vite l'attachement à la pauvre condition humaine qu'on tenait d'abord à objecter aux utopistes du posthumain. Tel est le paradoxe de la modernité que révèle la démesure de nos pouvoirs techniques : voulant nous arracher aux déterminismes naturels, nous nous retrouvons assujettis aux fantasmes générés par nos artifices, au point de devoir renoncer à l'autonomie qui nous servait d'idéal.
par Jean-Michel BESNIER
Professeur de Philosophie à l’Université Paris-Sorbonne et membre du Centre de Recherches en Epistémologie Appliquée (CREA, UMR CNRS et Ecole Polytechnique). Membre du Comité d’Ethique du CNRS (jusqu’en juin 2011), du Conseil scientifique de l’Institut des Hautes Etudes en Science et Technologie et du Conseil d’administration de Universcience.